ED Mathématiques et Informatique
Modélisation par apprentissage profond d'effets audio variant dans le temps et de leurs paramètres de contrôle
par Yann BOURDIN (Institut national de recherche en informatique et en automatique - Bordeaux - Sud-Ouest)
Cette soutenance a lieu à 14h30 - Ada Lovelace Centre INRIA, université de Bordeaux, 200 avenue de la Vieille Tour, 33405 Talence
devant le jury composé de
- Pierrick LEGRAND - Professeur des universités - Bordeaux INP - Directeur de these
- Joshua REISS - Professeur des universités - Queen Mary University of London - Rapporteur
- Juliette CHABASSIER - Chargée de recherche - Inria Bordeaux Sud Ouest - Examinateur
- Lauri JUVELA - Assistant professor - Aalto University - Examinateur
- Louis BIGO - Professeur des universités - Bordeaux INP, LaBRI, SCRIME - Examinateur
- Thomas HUEBER - Directeur de recherche - GIPSA-lab - Examinateur
Le son unique des appareils audio emblématiques est très prisé des musiciens, ingénieurs du son et passionnés de matériel vintage. Leur modélisation numérique est un domaine de recherche très actif : elle offre portabilité, flexibilité et réduction des coûts, les rendant accessibles à un plus large public tout en assurant leur préservation. Cependant, capturer leurs spécificités sonores reste complexe en raison de leurs comportements non linéaires et variant dans le temps. Traditionnellement, la modélisation d'effets audio utilise des méthodes dites « boîte blanche », déduisant des équations à partir des schémas électroniques. Ces approches exigent une connaissance pointue des circuits, un travail analytique fastidieux et un une charge de calcul notable. Au cours de la dernière décennie, les méthodes « boîte grise » et « boîte noire » ont émergé. Elles requièrent peu de connaissances des circuits cibles, et s'appuient sur des mesures d'entrée-sortie. En particulier, l'apprentissage profond suscite un vif intérêt et est très étudié. Cependant, concevoir des réseaux de neurones capables de reproduire des effets audio complexes et respectant les contraintes pour un usage en temps réel reste un défi majeur. Cette thèse explore l'apprentissage profond pour la modélisation « boîte noire » d'effets audio, en ciblant les systèmes dépendant du temps ou variant dans le temps, et l'intégration de contrôles utilisateur. Nous traitons d'abord les effets dépendant du temps à travers la compression dynamique de plage. Pour capturer efficacement les dépendances temporelles longues, nous proposons l'architecture SPTMod (Series-Parallel Temporal Modulation). Celle-ci sépare le traitement en un chemin de modulation et un chemin audio. Un défi majeur réside dans l'initialisation des états internes, qui crée des écarts entre l'entraînement et l'inférence. Nous introduisons un réseau de prédiction d'état (SPN) estimant ces états initiaux à partir des signaux passés. Couplée à la rétropropagation tronquée dans le temps, cette approche accélère l'entraînement et améliore la précision en inférence. Un test d'écoute confirme la haute fidélité perceptuelle de nos modèles par rapport à l'effet cible. Nous étendons ensuite ce cadre aux effets variant dans le temps, où les paramètres internes évoluent indépendamment du signal d'entrée, souvent pilotés par un oscillateur basse fréquence. Il est difficile de les modéliser car l'apprentissage supervisé impose une stricte synchronisation de phase. Nous adaptons notre modèle en SPTVMod (Series-Parallel Time-Varying Modulation), y ajoutant des convolutions avec dilatation pour un meilleur traitement fréquentiel, et un discriminateur pour un entraînement antagoniste. Nous utilisons un entraînement en deux étapes : un réseau antagoniste génératif (GAN) apprend d'abord la forme de modulation sans synchronisation stricte ; puis le SPN est introduit afin d'ajuster le modèle de façon supervisée, réussissant à synchroniser l'oscillation interne du modèle sur l'audio cible. Nous modélisons également un magnétophone à bande, et adaptons le modèle pour réduire les artefacts de repliement de spectre dû aux non-linéarités. Enfin, nous intégrons les paramètres utilisateur pour garantir la fidélité du modèle sur tout son espace de contrôle. Ajouter ces contrôles requiert une méthode de conditionnement tel que le conditionnement additif ou affine. La stratégie de peuplement de l'espace des paramètres de contrôle est cruciale. Nous menons une vaste expérience montrant qu'une stratégie « best candidate », utilisant une norme L1 ou une quasi-norme, surpasse l'échantillonnage par loi uniforme à taille du jeu de données égale. L'observation des courbes de compression et des réponses transitoires apprises par les modèles confirme que ces derniers interpolent avec succès l'espace des paramètres de contrôle, sans présenter de comportements anormaux.
ED Droit
Du déchirement du monde aux puissances du politique : le politique en tant que moyen d'ordre
par Lény ESCOBAR (INSTITUT DE RECHERCHE MONTESQUIEU)
Cette soutenance a lieu à 14h00 - Salle des thèses 16 avenue Léon Duguit 33600 Pessac
devant le jury composé de
- Patrick TROUDE-CHASTENET - Professeur émérite - Université de Bordeaux - Directeur de these
- Thierry GONTIER - Professeur des universités - Université Jean Moulin Lyon 3 - Rapporteur
- Thierry MéNISSIER - Professeur des universités - Université Grenoble Alpes IPHIG - Rapporteur
- Frédérique RUEDA - Professeure des universités - Université de Bordeaux - Examinateur
La thèse proposée pourrait tenir en une proposition simple : le politique est un moyen d'ordonner le monde. Si cette formulation ne saurait être suffisante, elle ne laisse aucun doute sur la perspective définitionnelle engagée ni sur l'objet de la recherche : le politique. Dès lors, ce travail soutiendra que le politique est une réalité intermédiaire définie par ses puissances. Prise de cette manière, la thèse en question semblera obscure, ce qui n'est pas étranger à la perspective définitionnelle : en résumant le travail effectué, une grande partie du discours en est absente. Si ce travail accorde une place centrale à la question classique « qu'est-ce que le politique », c'est tout autant par la position de départ que cette thèse prend naissance. En effet, en usant du syntagme du « déchirement du monde », nous partons de la position selon laquelle le politique n'est qu'un moyen parmi d'autres d'ordonner le monde. Mais tandis qu'il n'est qu'un moyen, il ne saurait être rien : il serait précisément un moyen avec sa réalité propre. En soutenant l'unité réelle du politique, il s'agira d'en étudier les sens multiples et apparemment contradictoires dont il fait l'objet. Parallèlement de démontrer que la question classique " qu'est-ce que le politique" reste une question d'actualité et de profusion qui, même en étant circonscrite au moyen, dispose de voies multiples pour y parvenir. Celle choisie est celle du politique, qui tentera de soutenir que le politique est un moyen d'ordonner le monde en prenant pour seule direction le politique. En proposant cette thèse, nous ne pourrons faire l'économie des frontières du politique, jusqu'à celle de l'identification de ce type de travail. Davantage, nous essaierons de soutenir que l'intérêt porté aux frontières est fécond en nous intéressant au couple de la politique, plus précisément au sens de science politique, et du politique. Pour ce faire, nous proposerons dans un premier temps de nous appesantir sur le mythe. Pourquoi le mythe ? Le mythe a une première valeur d'auto-objection, en raison du syntagme du déchirement du monde, tandis que nous pouvons le retrouver de manière diffuse dans les études politiques, l'état de nature en étant sans doute l'exemple le plus fameux. En procédant comparativement sera recherché un sens du mythe du point de vue politique ; sens qui sera nommé mythique pour circonscrire l'étude. L'intérêt du mythique sera de proposer une manière de dire présentant une valeur heuristique. Nous débouchons ainsi sur l'hypothèse selon laquelle le mythique concerne tant le politique que la science politique. Pour pouvoir traiter efficacement de cette hypothèse en particulier, nous userons d'une modeste généalogie du politique qui en recherchera l'origine et la fin. Un tel usage, aujourd'hui répandu, provient ici de l'idée selon laquelle nous pouvons diviser le politique en des moments constitutifs. En nous intéressant à différents sens permettant de désigner origine et fin, nous identifierons l'origine du politique par le « savoir gouverner » et la fin par son autonomie. Pour autant, ce n'est qu'à la faveur d'un troisième temps qui vise à reprendre origine et fin que nous pourrons soutenir que le politique est une réalité intermédiaire, c'est-à-dire une réalité produite qui n'est ni purement intelligible ni purement sensible. Grâce à ce parcours peut s'ouvrir une troisième partie qui se consacrera à rassembler et synthétiser les parties précédentes en portant l'étude sur la puissance. C'est en divisant la puissance en trois puissances politiques — maintenir, limiter et gouverner — que nous sera permis d'appréhender et de comprendre autrement des concepts célèbres de la science politique, comme ceux d'État ou de Loi. C'est à l'aide cet ultime tableau que nous parviendrons à soutenir cette thèse simple : le politique est un moyen d'ordonner le monde.
ED Sociétés, Politique, Santé Publique
Les processus d'enquête au sein des interventions en organisation : un enjeu pour la réflexivité collective et le développement des activités de service
par Clara SIMILOWSKI (Laboratoire de l'Intégration du Matériau au Système)
Cette soutenance a lieu à 14h00 - Amphithéâtre E Campus de la Victoire, 3ter place de la Victoire, 33000 Bordeaux
devant le jury composé de
- Johann PETIT - Maître de conférences - Université de Bordeaux - Directeur de these
- Justine ARNOUD - Professeure des universités - Université Paris Est Créteil - CoDirecteur de these
- Fabien COUTAREL - Professeur des universités - Université Clermont Auvergne (UCA) - Rapporteur
- Nathalie RAULET-CROSET - Professeure des universités - IAE Paris Sorbonne Business School, Université Paris I Panthéon-Sorbonne - Rapporteur
- Vanina MOLLO - Maîtresse de conférences - Université de Toulouse - Examinateur
- Benoît JOURNE - Professeur des universités - Université de Nantes - Examinateur
Le conseil en organisation s'inscrit dans les activités de services consistant à travailler non seulement pour, mais aussi avec, de multiples acteurs. Dans les cabinets qui promeuvent la co-production du service, et contrairement à des modèles « d'experts », les consultants tentent d'accompagner les acteurs-clients à la fois pour répondre à leur demande, et pour favoriser le développement de compétences pour le plus long terme. Cette logique de co-production rend le service plus participatif, mais elle est aussi plus déstabilisante pour les consultants notamment car les fins et les moyens de l'intervention sont amenés à être redéfinis par rapport à ceux préétablis à la vente. Le déroulement et les résultats des interventions deviennent incertains (Bourgoin, 2013 ; Tran Van, 2010), et la pluralité des acteurs et des objectifs est source d'instabilité (Flageul-Caroly, 2001 ; Petit, 2005). Les équipes d'intervention sont alors amenées à rencontrer des situations dites « indéterminées » (Dewey, 1938/1967) qui remettent en question leurs habitudes de travail (Arnoud, 2023; Lorino, 2013). La gestion de ces situations passe par un travail de réflexivité collective avec différents acteurs de l'organisation cliente, et aussi du cabinet-conseil. Dans le cabinet étudié, des dispositifs organisationnels ont été conçus pour partager des situations complexes avec l'ensemble des acteurs du cabinet. Pour étudier la réflexivité collective des consultants sur et dans leurs interventions et les usages qu'ils font de ces dispositifs organisationnels, nous mobilisons un cadre d'analyse issu de la philosophie pragmatiste : celui du processus d'enquête. L'enquête, médiée par des activités dialogiques (Bakhtine, 1984 ; Lorino et al., 2011), vise à transformer une situation indéterminée en une situation plus intelligible, tout en produisant des repères partagés pour l'action et pour un apprentissage collectif. Cette thèse défend l'idée selon laquelle les consultants mènent des enquêtes pour résoudre des situations indéterminées sur plusieurs moments d'intervention et avec différents acteurs qui composent une « communauté d'enquête ». La recherche-action menée en immersion dans le cabinet a permis de récolter des données par observations, entretiens et confrontations, relatives à l'activité des consultants, à leurs interventions, et aux dispositifs organisationnels prévus pour favoriser une réflexive collective et dialogique. Les analyses d'interventions reposent sur la mise en récit des enquêtes menées dans trois interventions différentes. Nos résultats montrent que les processus d'enquête participent à la reconception des interventions. Les modifications de l'intervention se font notamment à travers un processus de valuation (Dewey, 1939/2011) consistant à redéfinir conjointement les fins et les moyens avec les acteurs de la communauté d'enquête. Les dispositifs organisationnels peuvent également participer aux enquêtes en cours des consultants en élargissant le « public » avec les acteurs du cabinet. Pourtant, ces dispositifs peuvent aussi perturber les enquêtes et produire des effets inverses à ceux recherchés lorsque les consultants émettent des signaux de frustration ou d'incompréhension. Nos résultats pointent également les apports des enquêtes dans la consolidation des repères et savoir-faire propres aux acteurs du cabinet que nous qualifions de « communauté de pratique ». Les dispositifs organisationnels sont alors une voie de transmission et de développement de compétences entre les consultants. En outre, les enquêtes dans les interventions relèvent d'enjeux pour la qualité de service pour aider les consultants quant aux conseils prodigués dans les organisations clientes, et des enjeux de santé par le développement de compétences des acteurs. Ces connaissances empiriques permettent de discuter des conditions organisationnelles pour mener des enquêtes, et plus largement pour structurer la réflexivité collective dans les organisations.