ED Sciences de la Vie et de la Santé
Implication des génotoxines bactériennes dans le remodelage du cytosquelette cellulaire et la carcinogenèse
par Mariana DA SILVA SARAIVA (BoRdeaux Institute of onCology)
Cette soutenance a lieu à 13h30 - Amphithéatre BBS Université de Bordeaux, Campus Carreire Bâtiment Biologie Santé, 2 rue Hoffmann Martinot, Bordeaux
devant le jury composé de
- Armelle MENARD - Ingénieure de recherche - Université de Bordeaux - Directeur de these
- Teresa FRISAN - Professeure des universités - Umea University - Rapporteur
- Jean-Philippe NOUGAYREDE - Directeur de recherche - IRSD - Rapporteur
- Fabien DARFEUILLE - Directeur de recherche - Université de Bordeaux - Examinateur
- Mathilde BONNET - Professeure des universités - praticienne hospitalière - Microbes, Intestin, Inflammation et Susceptibilité de l'Hôte (M2iSH), Université de Clermont Auvergne - Examinateur
La composition du microbiote humain influence profondément la santé et la maladie, impactant l'initiation et la progression des cancers, et modulant même l'efficacité de certains médicaments anticancéreux. Bien que Helicobacter pylori soit un carcinogène de type I bien établi, des recherches émergentes mettent en lumière le rôle d'autres pathogènes des muqueuses produisant des génotoxines, telles que la toxine CDT (pour “Cytolethal Distending Toxin”) et la colibactine, dans la carcinogenèse, en particulier dans les néoplasies hépatobiliaires et intestinales. Ces toxines induisent des dommages à l'ADN et une instabilité génomique ; cependant, leur contribution dans la métastase reste mal comprise. Des études antérieures associent ces génotoxines à un remodelage du cytosquelette d'actine, avec formation de lamellipodes, modulation de l'expression de la cortactine et relocalisation de la vinculine, entraînant une diminution de l'adhérence cellulaire, ainsi que la transition épithélio-mésenchymateuse (TEM), un processus caractérisé par la perte des jonctions cellule-cellule, une activité accrue des métalloprotéinases matricielles et une motilité cellulaire augmentée. Au cœur de cette transition se trouve la formation d'invadosomes : des protrusions spécialisées, riches en F-actine, qui dégradent enzymatiquement la matrice extracellulaire. Cette thèse a exploré l'hypothèse selon laquelle le stress génotoxique induit par les bactéries agit comme un nouveau signal déclencheur de la formation d'invadosomes, établissant un lien entre le stress génotoxique et l'activation de la machinerie invasive cellulaire. Étant donné le rôle central de la cortactine dans la formation des invadosomes et sa modulation connue par la CDT, l'élucidation des modifications post-traductionnelles déclenchées par ces toxines a constitué l'objectif secondaire de cette étude. Nos résultats montrent que l'exposition à la CDT et à la colibactine induit la formation d'invadosomes dégradant la matrice dans des lignées épithéliales hépatiques. Nous avons mis en évidence une corrélation entre la formation d'invadosomes protéolytiques et les dommages à l'ADN induits, qu'ils soient provoqués par ces génotoxines bactériennes (CDT/CdtB, colibactine) ou par des agents inducteurs de dommages spécifiques à l'ADN créant des lésions différentes comme les radiations ionisantes ou des agents chimiothérapeutiques (streptozocine, étoposide, GEMOX). Sur le plan mécanistique, ce processus dépend du stress oxydatif, puisque les antioxydants (N-acétylcystéine, resvératrol) atténuent significativement la formation d'invadosomes, tandis que les pro-oxydants (ménadione, H₂O₂) l'aggravent. Par ailleurs, la formation d'invadosomes induits par le stress génotoxique peut être atténuée par l'inhibition des kinases JNK, ATM ou DNA-PK. Ces données révèlent un lien entre stress oxydatif, signalisation génotoxique et formation d'invadosomes, suggérant que les génotoxines bactériennes, comme les radiothérapies et chimiothérapies ciblant l'ADN, pourraient favoriser l'invasivité des cellules cancéreuses via ce mécanisme. De plus, des analyses par spectrométrie de masse et western blot ont identifié et validé une phosphorylation inédite de la cortactine au niveau de la sérine 447 dans des cellules épithéliales hépatiques et intestinales exposées à la CdtB. L'implication de cette phosphorylation dans ce phénotype invasif reste à explorer. Dans leur ensemble, ces résultats démontrent que les génotoxines bactériennes modulent la signalisation cellulaire de l'hôte pour promouvoir un programme pro-invasif. En établissant que le stress génotoxique déclenche la biogenèse des invadosomes via une signalisation oxydative et potentiellement par la modification de la cortactine, ces travaux offrent de nouvelles perspectives thérapeutiques qui cibleraient les protéines et kinases impliquées dans la progression invasive du cancer. Mots-clés : toxine CDT, colibactine, invadosomes, cortactine, dommages à l'ADN
Rôle des circuits dorsal et ventral des ganglions de la base dans les processus décisionnels en conditions saine et parkinsonienne
par Milesa SIMIC (Institut des Maladies Neurodégénératives)
Cette soutenance a lieu à 14h00 - Amphithéâtre Broca Centre Broca 146 rue Léo Signat 33076 Bordeaux cedex
devant le jury composé de
- Yulia WORBE - Professeure des universités - praticienne hospitalière - Institut du Cerveau - Rapporteur
- David THURA - Chargé de recherche - Centre de recherche en Neurosciences de Lyon - Rapporteur
- Shauna PARKES - Directrice de recherche - Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d'Aquitaine - Examinateur
- Jérôme MUNUERA - Chargé de recherche - Institut du Cerveau - Examinateur
La prise de décision basée sur la valeur repose sur des processus qui évaluent les options, guident la sélection et l'exécution des actions, puis en évaluent les conséquences en comparant les résultats attendus et obtenus pour ajuster les choix. Ces processus reposent sur des réseaux cérébraux distribués incluant les ganglions de la base (GB). Les GB sont des structures sous-corticales interconnectées modulées par la dopamine du mésencéphale et organisées en circuits cortico-sous-corticaux partiellement parallèles le long d'un axe dorso-ventral. Le circuit dorsal est associé au contrôle moteur et cognitif alors que le ventral est impliqué dans l'évaluation des options/résultats et la motivation. Des dysfonctionnements de ces circuits ont été impliqués dans les déficits décisionnels de la maladie de Parkinson (MP). Cependant, leur rôle dans la prise de décision en conditions saines et pathologiques reste mal compris. Pour répondre à cette question, nous avons réalisé des enregistrements électrophysiologiques avant et après induction de la MP dans plusieurs noyaux clés des GB (noyau caudé, noyau accumbens (NAc), globus pallidus externe et pallidum ventral) chez des primates non humains réalisant une tâche de décision basée sur la valeur, où les valeurs attendues (VA) dépendaient de la magnitude et de la probabilité de récompense pouvant correspondre à des gains ou pertes. Le comportement variait en fonction de la VA: les options avec des VA élevées étaient choisies plus fréquemment, entraînaient moins d'omissions et des décisions plus rapides. Les enregistrements unitaires ont révélé un gradient fonctionnel: les régions dorsales encodaient préférentiellement les paramètres liés à l'action, alors que l'encodage de la valeur augmentait ventralement. Les représentations de la VA étaient non linéaires avec une sensibilité maximale à la transition entre pertes et gains. L'analyse de population a révélé des dynamiques de trajectoires neuronales dépendantes de la VA, particulièrement dans les régions ventrales, tandis que les signaux spatiaux étaient plus ségrégés dorsalement. L'analyse de décodage a confirmé cette dissociation: la VA était mieux décodée par les populations ventrales et les paramètres spatiaux par les dorsales. Pour examiner les déficits décisionnels dans la MP, nous avons induit une déplétion dopaminergique progressive par traitement chronique à faible dose de MPTP et comparé les stades sain, précoce et tardif de la maladie. La perte de dopamine a entraîné un désengagement dans la tâche et une diminution de la vigueur motrice, accompagnés de modifications de l'encodage neuronal malgré des capacités décisionnelles préservées. Les effets les plus marqués ont été observés dans le striatum ventral avec une réduction de la fraction de neurones codant la valeur dans le NAc au stade tardif, tandis que les représentations pallidales des variables décisionnelles restaient largement intactes. L'analyse des variations d'amplitude de réponse neuronale (gain neuronal) a révélé une co-variation entre le désengagement et l'augmentation d'états neuronaux de faible gain similaires à ceux des omissions. La déplétion dopaminergique pourrait déplacer l'état neuronal global du réseau d'un état engagé vers un état désengagé plutôt qu'altérer l'évaluation des options. Ce travail met en évidence une organisation fonctionnelle des GB dans la décision basée sur la valeur: les circuits ventraux encodent préférentiellement la valeur, avec une sensibilité à la transition entre les pertes et les gains tandis que les circuits dorsaux encodent davantage les variables liées au choix. La perte de dopamine affecte principalement la motivation et l'engagement via des modifications des états neuronaux globaux et une vulnérabilité sélective du striatum ventral, tandis que les populations pallidales pourraient contribuer au maintien des performances décisionnelles, en maintenant les représentations des variables de décision pertinentes pour la tâche.
ED Sciences Physiques et de l'Ingénieur
Comment accompagner les usagers des bâtiments vers des pratiques plus sobres en énergie ?
par Minh Phuong HUYNH (I2M - Institut de Mécanique et d'Ingénierie de Bordeaux)
Cette soutenance a lieu à 14h00 - Bat. A29 - Amphithéâtre G 351 cours de la Libération CS 10004 33405 Talence CEDEX
devant le jury composé de
- Laurent MORA - Professeur - Université de Bordeaux - Directeur de these
- Béatrice ROUSSILLON - Professeure - Université Grenoble Alpes - Examinateur
- Monika WOLOSZYN - Professeure - Université Savoie Mont Blanc - Rapporteur
- Stephane PLOIX - Professeur - Grenoble INP - Rapporteur
- Marie-Lise PANNIER - Maîtresse de conférences - Université d'Angers - Examinateur
L'énergie et les ressources sont consommées dans le secteur résidentiel afin de répondre aux besoins quotidiens des occupants. La consommation d'énergie dans le secteur résidentiel est influencée non seulement par les caractéristiques physiques et les conditions environnementales, mais aussi par le comportement des occupants. Face aux conséquences environnementales de la surconsommation d'énergie, promouvoir des comportements économes en énergie est indispensable. Cependant, les comportements sont déterminés par des facteurs externes et des mécanismes socio-psychologiques internes, ce qui les rend intrinsèquement complexes à analyser. Par conséquent, la conception d'interventions efficaces – actions ou stratégies délibérées visant à influencer les comportements – demeure un défi. De plus, évaluer leur efficacité uniquement à partir de résultats observables risque de conduire à des conclusions incomplètes, voire erronées. Cette thèse adopte une approche multidisciplinaire afin de parvenir à une compréhension globale du comportement de l'individu. Les comportements énergivores y sont examinés sous l'angle technique et socio-psychologique. L'approche technique permet d'identifier les problématiques liées aux comportements existants des occupants, les solutions alternatives potentielles, ainsi que les défis pratiques associés au changement de comportement. L'approche socio-psychologique, quant à elle, s'intéresse aux valeurs, motivations et processus décisionnels sous-jacents des occupants. Cette double lecture permet de concevoir des interventions plus efficaces, adaptées à chaque contexte, en ciblant les facteurs socio-psychologiques qui favorisent ou freinent l'adoption et le maintien de nouveaux comportements. Le cadre de conception des interventions contextualisées s'appuie sur les travaux récents de Cabezas-Rivière (2024). La méthodologie de détection du changement de comportement intègre des données quantitatives et qualitatives pour établir si un changement a eu lieu et en expliquer les raisons — qu'il s'agisse d'un changement effectif, d'une stagnation ou d'une rechute. La méthodologie comprend quatre étapes : la collecte des données, l'extraction des caractéristiques, la mise en œuvre du test d'hypothèse et la justification des résultats. L'efficacité des interventions est ensuite évaluée quantitativement à travers les modifications des actions et activités des occupants, leurs impacts associés et les changements dans les facteurs socio-psychologiques pertinents. La méthodologie a été validée par une étude empirique portant sur l'usage du lave-vaisselle dans quatre foyers français. Les résultats diffèrent selon les cas. À l'issue de l'expérience, l'efficacité des interventions a été quantifiée, permettant une comparaison systématique entre les cas. Dans l'ensemble, l'approche multidisciplinaire approfondit la compréhension du comportement des individus et des foyers, facilitant ainsi la conception d'interventions sur mesure plus susceptibles de réussir que des approches génériques. En combinant analyse quantitative des caractéristiques comportementales et justifications qualitatives des occupants, la méthodologie comble le fossé entre détection et compréhension — entre savoir qu'un comportement a changé et comprendre pourquoi et comment. Enfin, en examinant conjointement les évolutions des attitudes, des comportements et de leurs impacts, elle garantit une évaluation complète et robuste de l'efficacité des interventions.